Robin
Wright Penn, 40 ans, actrice. Mariée à Sean Penn
avec qui elle a eu deux enfants, elle revient au cinéma,
ravie de retrouver les plateaux, maintenant que ses ados ont grandiaujourd’hui
que ses ados ont grandi. |
|
De cette renaissance, elle rie avec gourmandise, et aussi un peu
d’effroi. «Ma vie commence maintenant», prévient
l’actrice qui, à 40 ans, alors que ses enfants sont
désormais des ados contents de se débarrasser d’elle,
se redonne à corps perdu au cinéma. Et comme s’il
lui en fallait une preuve, un signe, Robin Wright Penn, madame
Sean Penn, celle qui fut la Jenny de Forrest Gump ou l’héroïne
de Moll Flanders est de retour à Paris, la ville cinéma,
la ville où elle naquit une première fois devant
les objectifs des photographes, à l’age de 18 ans.
A l’école, elle était «une m.».
Le collège fini, ses parents, pas chiens, lui offrent un
billet pour l’Europe. Dans ses bagages, le book qu’elle
a composé dès l’age de 13 ans avec l’aide
d’un photographe qui l’a repérée sur
une piste de discothèque à rollers. «J’y
ai le body bien rentré dans les fesses, des guêtres
de danse. Ridicule ! Et limite porno. Quand j’ai montré
mon book aux agences à Paris, ils s’en tapaient le
cul par terre de rire.» Une jambe levée, les bras
formant un O, debout au milieu du salon rococo, Robin Wright Penn
dépare sans vergogne. Look d’étudiante, jean
et tee-shirt s’entrebâillant sur la chair de son ventre
plat, elle part d’un rire joyeux et enfantin.
A l’époque, en 1983, bien que jugée «trop
courte» - elle mesure 1,68 m - une agence de mannequins
finit par la signer. Elle passe ainsi un an avec vue sur la Tour
Eiffel, et publication dans les pages de La Redoute. «Pour
ces photos, on avait fait trois semaines de shooting à
la Réunion : à 18 ans, ça ressemble au paradis
!». De prime abord, elle est la blonde interchangeable,
cette marque de fabrique éternelle d’Hollywood qui
lui ouvrira les portes des studios. Santa Barbara d’abord,
l’ancêtre des séries. Princess Bride de Rob
Reiner, ensuite : le rôle qui va la lancer. «Je n’y
suis pour rien, c’est juste qu’ils n’en pouvaient
plus : j’étais la 538e candidate.»
|
 |
 |
Mais
on aurait tort de s’arrêter à son physique
de majorette et à ses grimaces d’ado : ils masquent
une vraie indépendance d’esprit et un courage de
non-alignée. «Je n’ai jamais voulu être
une star, réfléchit-elle. Mon rêve quand j’étais
petite c’était d’être infirmière
dans un camp de réfugiés pour Médecins sans
frontières. Partager : je crois que c’est pour ça
que je fais du cinéma.»
En 1991, sur un tournage , elle rencontre Sean Penn. Les deux
font la paire, tumultueuse et attachante. Seize ans plus tard
- l’âge de Dylan, leur fille ; son frère, Hopper,
en a 13 -, le couple a finalement résisté au rouleau
compresseur d’Hollywood, et campe côte à côte
sur une ligne de front improbable entre star system et cinéma
indépendant. «Riche ? On n’a pas de jet, vous
savez ? Le temps où je me faisais des cachets faramineux
dans le cinéma c’est fini ! Et l’argent que
l’on gagne sert à financer les projets de Sean.»
Elle se débarrasse de la Land Rover parce qu’elle
consomme et pollue trop, mais garde la Porsche Corona décapotable
bleu métallisée parce que. Euh, parce que c’est
chouette. Le paradoxe est assumé : goût de la liberté,
refus de renoncer devant le regard dévastateur des autres,
de ceux qui disent : « Trop courte ! » Quête
du mot juste, de la juste position.Face
à Bush, le couple Penn affiche avec force ses convictions
progressistes. « Bless his heart : au Texas, c’est
ce qu’on dit de quelqu’un d’incapable, d’ignorant,
de criminel, pour qui on ne peut rien. C’est un peu : Pauvre
de lui. Sauf qu’ici c’est : Pauvre de nous. L’Amérique
ne peut plus mentir : le mal est trop visible ! L’Irak,
toutes ces blessures. Et l’environnement. C’est comme
si on avait enlevé les pétales des fleurs et qu’on
essayait de les y recoller. Faut-il vraiment que nous allions
jusqu’à la fin du monde ? Aujourd’hui, je prie,
prie, prie. Et j’essaye d’être optimiste pour
la présidentielle de 2008.» |
|
Comme
Bush, Robin Wright est née au Texas. Mais elle a passé
son enfance à Los Angeles : «Ce n’est pas une
ville que j’aime ou que je n’aime pas, c’est
juste chez moi, c’est ma peau». Elle est issue d’une
famille recomposée aux souches enracinées dans la
vieille Amérique : «Le nom de jeune fille de ma mère
est Gaston, on dit qu’ils étaient en Louisiane avec
Lafayette.» Elle n’est pas enfant de la balle, son
père était cadre supérieur dans l’industrie
pharmaceutique, ni forcenée du cinéma. Quand il
lui a fallut choisir entre sa carrière et ses enfants,
elle qui se dit indécise, s’est montrée déterminée.
Elle a déserté Hollywood. Trouvant refuge au nord
de San Francisco, et transformant petit à petit le Sean
Penn qui cassait la gueule de son ex-femme, Madonna, et tirait
sur les journalistes, en un mari assagi et complice. Femme de
? La belle au bois dormant a mis le réveil sur 40 ans.
Et
s’est remise en marche. Alors qu’on vient de la voir
dans un Minghella aux côtés de Juliette Binoche et
qu’on l’attend à la fin de l’année
chez Robert Zemeckis, elle achève le tournage d’
une comédie de Barry Levinson où elle interprète
l’ex-femme de Robert De Niro (« Il est tordant ! Lui,
oui, c’est un grand acteur.») 40 ans, l’âge
des questionnements, l’âge des renaissances. |
 |
 |
«C’est
comme si, jusqu’ici, je roulais en side-car et que d’un
coup le side s’était détaché, dit-elle.
Je me sens d’une légèreté incroyable,
prête à filer dans le vent.»
Elle lit pour la première fois Hamlet, dévore De
Grandes espérances de Dickens, se refait une culture classique,
et réfléchit sur la question religieuse en lisant
God is not great, de Christopher Hitchens, le célèbre
journaliste marxisant et athée passé au néoconservatisme
va-t-en-guerre et pro-Bush. «Je ne suis pas d’accord
avec la plupart des choses qu’il pense, mais il est très
intelligent et ça donne à réfléchir.
Dieu ? Au fond, peu importe que ce soit une chose réelle
ou une simple construction de l’esprit, si cela nous fait
du bien, si c’est pour le bien.»
Invitée d’honneur du festival Paris Cinéma,
elle y présentait cette semaine Sorry, haters, un film
indépendant de 2005, sans distributeur en France. Elle
y campe une paumée furieuse aux traits glaciaires, à
mille lieux de la boule d’énergie vivante et espiègle
qui cherche dans sa mémoire quelques mots de français
pour exprimer son plaisir d’être là. «C’était
un film difficile, fait avec de petits moyens, raconte Abdellatif
Kechiche, le réalisateur de l’Esquive, son partenaire
à l’écran, mais il y avait entre nous cette
envie de le réussir qui nous portait. Et elle trouvait
toujours le ton juste. Je ne sais pas si elle allait chercher
ces sentiments dans son inconscient, mais elle était tout
bonnement impressionnante de concentration.»
Pour sortir, elle a enfilé une paire de bottines aux talons
himalayesques. Le «Trop courte !» d’autrefois
est resté gravé quelque part. Mais elle chasse les
nuages d’un sourire, vous plaque deux bises sur chaque joue
et hésitant à se retourner en arrière, murmure
: «Il y a dix ans je n’étais pas prête.
Aujourd’hui, je le suis. Mais je me demande : N’est-ce
pas trop tard ? »
Par
LAURENT CARPENTIER
QUOTIDIEN : samedi 14 juillet 2007
LIBERATION.FR
|
|